Alors que nous avons, au fil de ces dégustations, découvert une multitude d’arabicas du monde entier, il est temps d’approfondir également notre connaissance de l’autre importante variété de café, Coffea canephora, autrement dit le robusta. Nous avons ciblé aujourd’hui deux régions éloignées l’une de l’autre afin de goûter des différences entre eux.
Le premier nous vient de Bukoba en Tanzanie, région dans laquelle le café est traditionnellement cultivé depuis le 16ème siècle. La tribu Haya récoltait les graines non mûres, les faisait bouillir avec des herbes et les fumait pendant quelques jours avant de les mâcher entières. Mais à l’époque, le café servait surtout de monnaie et était donc synonyme de richesse. Il fallait l’autorisation du roi pour en cultiver. Quand à la fin du 19ème les allemands contrôlent le pays, ils plantent du café partout pour forcer les Hayas à entrer dans le système monétaire. Après la première guerre mondiale ce sont les British qui prennent la région et décident d’exploiter le café. Ils mettent en place des réformes mais cela engendre des conflits avec les méthodes traditionnelles des Hayas. La région de Bukoba ne représente à ce jour qu’une petite partie des exportations de Tanzanie.
Le deuxième robusta que nous avons choisi, le Malangsari, vient d’Indonésie, (île de Java), réputée pour fournir les meilleurs robustas du monde. Le café y est cultivé depuis le 18ème siècle. En 1696, le gouverneur hollandais se trouvant à Malabar (Inde) envoie des graines d’arabica à Java où elles sont plantées mais une inondation met fin à cette première tentative d’exploitation. En 1699 une deuxième plantation parvient à être établie et les premières exportations ont lieu en 1711 par la Dutch East India Company (la VOC en hollandais dans le texte) qui monopolise le commerce jusqu’en 1780. Comme souvent malheureusement, ce commerce qui s’avère juteux pour les colonialistes est beaucoup moins profitable aux populations exploitées pour le mener. Les cultivateurs sont obligés de cultiver du café tout en payant de hautes taxes, les prix sont fixés beaucoup trop bas pour leur permettre de subsister. Ils sont également forcés de cultiver des épices et autres plantes à haute valeur commerciale. La VOC n’hésitait pas à kidnapper des gens pour les forcer à cultiver le café plutôt que le riz dont ils dépendaient pour se nourrir.
A la fin des années 1880, une épidémie de rouille décime le café dans toute la région. L’arabica, plus sensible, est donc peu à peu remplacé par Coffea liberica puis canephora, espèces plus résistantes à la maladie.
Les robustas sont très différents des arabicas à la dégustation, principalement par leur qualité en bouche: ils ont tendance à la « remplir » et à s’y installer. Ils donnent donc une impression beaucoup plus forte que les arabicas, moins aromatique. Ils ont tendance à être plus rustiques, plus terreux. Le Bukoba nous a révélé un arôme très végétal, de sous-bois, voire même un peu de décomposition.
Le Malangsari est plus minéral, plus sec, avec parfois des arômes de fruits à coque et une impression plus cendrée (à l’odeur également). Intéressante comparaison!
La semaine prochaine nous partons à la découverte de deux crus indiens (arabicas). N’hésitez plus à vous joindre à nous!
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